Multiculturalism: indissociable et indélébile – O’Neill

Par Mark O'Neill

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(The English follows)

Il s’est écoulé 46 ans depuis l’adoption d’une politique officielle, 35 ans depuis que celle-ci a été répercutée dans la Charte des droits et libertés et 29 ans depuis une proclamation en vertu d’une loi du Parlement. Certains se demanderont sans doute si le multiculturalisme a été une bonne chose pour le Canada?

En tant que concept, idée, mot en « …isme », même comme réalité démographique, le multiculturalisme a généré moult discussions et débats chez les universitaires, les praticiens, les personnalités politiques et les meneurs communautaires, suscitant des critiques de la part d’un modeste segment de la société, mais il a été adopté par la majorité des Canadiens comme caractéristique définissant leur identité. Au cours du demi-siècle écoulé, en tant qu’outil législatif fédéral, il a vu son orientation politique changer, en fonction de tendances nouvelles et naissantes – dans les années 1980, par exemple, on a constaté une insistance accrue sur les activités antiracistes. De façon générale, l’influence du multiculturalisme a connu des hauts et des bas.

Le premier ministre Justin Trudeau répète périodiquement que « la diversité est notre force », un peu comme lord Tweedsmuir, gouverneur général du Canada de 1935 à 1940, qui a déclaré [traduction] « les pays les plus forts sont ceux constitués d’éléments raciaux différents ». En fait, le multiculturalisme, ou encore la diversité, est un thème presque constant de notre vie politique nationale, du moins dans la théorie, sinon dans la pratique.

J’estime que la meilleure expression de l’objet du multiculturalisme se trouve dans le préambule de la Loi sur le multiculturalisme canadien :

« […] le gouvernement fédéral reconnaît que la diversité de la population canadienne sur les plans de la race, de la nationalité d’origine, de l’origine ethnique, de la couleur et de la religion constitue une caractéristique fondamentale de la société canadienne et qu’il est voué à une politique de multiculturalisme destinée à préserver et valoriser le patrimoine multiculturel des Canadiens tout en s’employant à réaliser l’égalité de tous les Canadiens dans les secteurs économique, social, culturel et politique de la vie canadienne ».

Ici, nous voyons que la « diversité » est une « caractéristique fondamentale de la société canadienne », et l’idée que le gouvernement doit s’employer à « réaliser l’égalité de tous les Canadiens »; par ailleurs, notre diversité est confirmée, voire validée, comme étant fondamentale à ce que nous sommes. Elle est affirmée comme l’idéal que nous espérons atteindre, pour garantir l’égalité pour tous. Ce sont là des notions auxquelles la plupart des Canadiens et des Canadiennes peuvent souscrire.

Récemment, le chroniqueur John Ibbitson écrivait [traduction] « comme le confirment les données statistiques les plus récentes, le Canada est le plus fortuné sur la planète, doté d’une population dynamique, diversifiée et relativement jeune, qui poursuivra sa croissance jusqu’au milieu du siècle; nous nous comparons à certains des plus grands pays d’Europe sur le plan de la taille. Nous pouvons considérer avec reconnaissance trois décennies de gouvernements éclairés pour ces excellentes nouvelles – quelque chose dont nous devrons nous souvenir la prochaine fois que nous grognerons à propos des idiots qui gesticulent sur la Colline ». En d’autres termes, les politiques visant à accueillir les immigrants et œuvrant à la construction d’une société entièrement inclusive ont donné d’importants résultats, que souvent, les Canadiens tiennent pour acquis.

Les Canadiens ont considérablement avancé dans la construction d’une société entièrement inclusive. À mon sens, l’un des jalons de notre évolution nationale a été la signature, en 1988, de l’Entente de redressement à l’égard des Canadiens japonais. À la Chambre des communes, le premier ministre Brian Mulroney avait reconnu les actes injustifiés du gouvernement, promis de veiller à ce que pareille chose ne se reproduise jamais et salué la loyauté des Canadiens d’origine japonaise envers le Canada. Comme mesure de redressement symbolique à l’endroit de ces injustices, le gouvernement avait alors offert des indemnités individuelles et collectives.

L’entente était l’aboutissement d’une longue campagne de redressement menée par l’Association nationale des Canadiens d’origine japonaise, avec l’appui d’autres groupes. Il est important de signaler ceci : le gouvernement a réagi. Il l’a fait après une longue et parfois frustrante campagne demandant justice, mais il a répondu. Je crois qu’en plus de l’efficacité finale du leadership de la collectivité, il existait un contexte politique public propice à un événement historique de cette envergure. À l’époque, je travaillais au Secrétariat d’État du Canada et jamais je n’avais été aussi fier d’être Canadien que le 22 septembre 1988, jour de la signature de l’Entente de redressement.

Depuis, d’autres excuses ont été formulées et d’autres injustices historiques ont été reconnues. Les Canadiens, leurs collectivités et leurs administrations publiques ont œuvré, sur de multiples fronts, afin d’éliminer les obstacles et de favoriser la pleine participation de tous les Canadiens. Beaucoup a été fait, mais il reste encore beaucoup plus à accomplir.

Tandis que j’écris ces lignes, un groupe de travail des Nations Unies a déposé son rapport final sur l’état des droits des personnes d’origine africaine au Canada, d’après ses consultations auprès de porte-parole gouvernementaux et de groupes de pression au cours d’une mission réalisée en octobre 2016 à Ottawa, à Toronto, à Halifax et à Montréal. Comme l’a souligné la Presse canadienne, les conclusions du rapport soulèvent de profondes préoccupations concernant l’héritage du racisme anti-Noirs au Canada, « au cœur » de nombre d’institutions canadiennes actuelles, se manifestant sous forme de pauvreté, de problèmes de santé, de faible scolarisation, de taux de chômage plus élevés et de représentation excessive des Afro-Canadiens dans le système de justice pénale.

Ce n’est que maintenant que les Canadiens reconnaissent la réalité des horreurs du système des pensionnats et l’échec de nos institutions à respecter les communautés autochtones. Les services de police de l’ensemble du pays signalent une hausse inquiétante de déclarations de crimes haineux. En fait, à cet égard, en cette année du 150e anniversaire, les Canadiens constatent quelques vérités dérangeantes à propos de leur histoire.

La nouvelle salle de l’Histoire canadienne, inaugurée le 1er juillet, aide les Canadiens à acquérir de leur histoire une compréhension nouvelle, du moins en tant qu’exposition permanente. Le Musée comptait raconter en profondeur une histoire du Canada authentique, et aider les visiteurs à comprendre d’où nous venons et la façon dont nous sommes parvenus à ce que nous sommes, y compris les succès et les échecs du passé. Tant seuls que lors de consultations avec des experts et des citoyens, des professeurs et des étudiants, les collectivités locales et les pairs professionnels, nous avons toujours essayé de donner un compte rendu complet et global de notre passé commun. Nous avons établi un exposé général et approfondi, en posant constamment quelques questions : Que s’est-il vraiment produit? En quoi cela a-t-il eu des répercussions sur nous et depuis quand? Pourquoi cette histoire devrait-elle être racontée? De quelle façon pouvons-nous la dire avec respect et précision?

Le texte final de la salle, sous le titre Le Canada d’aujourd’hui, se lit comme suit :

« Les Canadiens d’aujourd’hui ont hérité d’un passé contesté. Tout comme leurs prédécesseurs, ils font face à des conflits, des luttes, des pertes, auxquels se mêlent des succès, des réussites et des espoirs. Ils sont les gardiens d’une démocratie saluée mais imparfaite, d’un environnement magnifique mais menacé, d’une société civile citée en exemple mais fragile. Leur vision et leur générosité, leur sagesse et leurs concessions seront leur propre héritage, pour le Canada et le monde. »

Le point que je veux souligner, je pense, est celui-ci : le multiculturalisme – et tous ses dérivés et ses sens – est une partie indissociable et indélébile de ce que c’est que d’être Canadiens, que nous en soyons conscients ou non. En tant qu’objet de politique et de loi fédérale, le multiculturalisme a influé sur l’évolution de notre démocratie et de ses instruments politiques. La nouvelle salle de l’Histoire canadienne n’est pas le fruit du hasard, ni un projet tiré du néant.
Ainsi, le multiculturalisme s’est avéré excellent pour le Canada.

En tant que nation, nous avons construit un contexte important dans lequel poursuivre notre détermination à agir, à répondre, avec honnêteté et courage, au besoin constant de « réaliser l’égalité de tous les Canadiens dans les secteurs économique, social, culturel et politique de la vie canadienne ».

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46 years since it was adopted as official policy, 35 years since it was reflected in the Charter of Rights and Freedoms, and 29 years since it was proclaimed through an Act of Parliament, one might well ask, has multiculturalism been good for Canada?

As a concept, an idea, an “-ism”, even as a demographic reality, multiculturalism has been the subject of discussion and debate by scholars, practitioners, politicians and community leaders, has been criticized by a small segment of society, but has been embraced by most Canadians as a defining characteristic of their identity. Over the past half-century, as a federal legislative tool, its policy focus has changed and shifted, responding to new and emerging trends – the 1980’s, for example, saw an emphasis on anti-racism activities – and generally speaking, has seen its influence wax and wane.

Prime Minister Justin Trudeau regularly cites “diversity is our strength”, much like Lord Tweedsmuir, Canada’s Governor General from 1935 to 1940, who stated, “the strongest nations are those that are made up of different racial elements”. In fact, multiculturalism, or diversity, has been almost a constant theme in our national political life at least in theory, if not in practice.

I find the best expression of the purpose of multiculturalism in the preamble of the Canadian Multiculturalism Act:

“…the Government of Canada recognizes the diversity of Canadians as regards race, national or ethnic origin, colour and religion as a fundamental characteristic of Canadian society and is committed to a policy of multiculturalism designed to preserve and enhance the multicultural heritage of Canadians while working to achieve the equality of all Canadians in the economic, social, cultural and political life of Canada”

Here we find “diversity” cited as a “fundamental characteristic of Canadian society” and the idea that government should work to “achieve the equality of all Canadians…”; on the one hand, our diversity is confirmed, and even validated, as fundamental to who we are; on the other, it is held up as the ideal of all that we hope to achieve, in ensuring equality for all. These are notions most Canadians can get behind.

Recently, columnist John Ibbitson wrote, “as the latest statistics confirm, Canada is the most blessed place on earth, with a dynamic, diverse and relatively young population that will continue to grow until, by mid-century, we will rival some of the largest nations of Europe in size. We can thank three decades of enlightened government for these glad tidings – something to remember the next time we grumble about the fools on the Hill.”

In other words, policies aimed at welcoming immigrants and working to build a fully inclusive society have yielded important results, often taken for granted by Canadians. In building a fully inclusive society, Canadians have achieved a great deal. For me, a landmark in our national evolution was the signature in 1988 of the Japanese Canadian Redress Agreement. In the House of Commons, Prime Minister Brian Mulroney acknowledged the government’s wrongful actions; pledged to ensure that the events would never recur and recognized the loyalty of the Japanese Canadians to Canada. As a symbolic redress for those injustices the government offered individual and community compensation to the Japanese Canadians.

The Agreement was the result of a long campaign for redress led by the National Association of Japanese Canadians, with the support of others; it is important to note this – the government responded, after a lengthy and at times frustrating campaign for justice. But respond it did, and I believe that in addition to the eventual effectiveness of the community’s leadership, the right public policy environment existed within which such an historic event could be achieved. I worked in the Department of the Secretary of State of Canada at the time, and I have never felt prouder to be a Canadian as I did on September 22, 1988 – the day the Redress Agreement was signed.

Since then, other apologies have been made, and historic injustices acknowledged. Canadians, communities and their governments have worked, on a number of fronts, to eliminate barriers to participation and enhance the full participation of all Canadians. Much has been achieved, and much more needs to be done.

As I write these words, a United Nations working group has submitted its final report on the human rights situation of people of African descent in Canada based on its consultations with government officials and interest groups during an October 2016 mission to Ottawa, Toronto, Halifax and Montreal. As reported by the Canadian Press, the report findings raise deep concerns about Canada’s legacy of anti-black racism that “lies at the core” of many Canadian institutions today, manifesting itself in the form of poverty, health problems, low educational attainment, higher rates of unemployment and overrepresentation if African-Canadians in the criminal justice system.

Canadians only now are coming to terms with the realty of the horrors of the residential schools system, and the failure of our institutions with respect to Indigenous communities. Police services across the country are reporting a disturbing increase in the reporting of hate crimes. Indeed, in this, our sesquicentennial year, Canadians are facing some uncomfortable truths about our history.

The new Canadian History Hall, which opened on July 1, is helping Canadians understand their history in new ways, at least for a permanent exhibition. The Museum set out to present an in-depth and authentic history of Canada, by helping people understand where we come from and how we got here – including both the successes and failures of the past.  Consistently, both alone and in widespread consultations with experts and citizens, teachers and students, local communities and professional peers, we tried to comprise a thorough and holistic narrative of our shared past.  We constructed a broad, deep narrative and asked continually: what actually happened?  How did it impact us, then and since?  Why should this story be told?  How can we tell it accurately and respectfully?

The final text of the Hall, entitled, Canada Today, states:

“Today’s Canadians have inherited a contested past. Like their forebears, they face conflict, struggle and loss alongside success, accomplishment and hope. They steward an acclaimed but imperfect democracy, a beautiful but threatened environment, a revered but fragile civility. Their vision and generosity, wisdom and compromise will be their own legacy — for Canada, and the world.”

My point, I think, is this: multiculturalism, and all of its derivatives and meanings, is an indelible and inescapable part of what it means to be Canadian – whether we realize it. As a policy and an Act of Parliament, it has influenced the shaping of our democracy and its policy instruments – the new Canadian History Hall is not accidental, nor was it conceived in a vacuum.

So multiculturalism has been very, very good for Canada. As a people, we have built an important context within which to continue with our determination to act, to respond, with honesty and courage, to the on-going need to “achieve the equality of all Canadians in the economic, social, cultural and political life of Canada”.

Mark O’Neill is President and CEO of the federal Crown corporation that operates the Canadian Museum of History and the Canadian War Museum, Canada’s national museums of human and military history. The corporation also operates the Canadian Children’s Museum, the Virtual Museum of New France and the Virtual Museum of Canada. A native of Toronto, Mr. O’Neill grew up in Ottawa and attended Carleton University, where he studied political science and Canadian studies

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